Rédigé par notre équipe le 06 juin 2017.

En 2012, les Français vivant à l’étranger ont eu pour la première fois le droit de voter pour un député censé les représenter. Onze circonscriptions au découpage pour le moins curieux ont permis au PS de faire un carton (presque) plein. On remet le couvert en 2017, mais avec cette fois la proclamation anticipée des résultats du premier tour. Le taux de participation est anémique (19,1 %), mais l’important n’est pas là pour la caste au pouvoir. Les candidats d’En Marche arrivent souvent largement en tête. De quoi donner le coup d’envoi de la dernière étape vers le pouvoir absolu des banques.  

Avec 577 députés pour 66 millions d’habitants, la France se distingue défavorablement parmi les démocraties rayonnantes. Les parlementaires sont tellement nombreux que beaucoup ont compris que leur oisiveté ne se verrait pas. Cinq ans payés par le contribuable pour venir de temps à autre sur les plateaux télé pour rappeler au peuple la doxa qu’il doit suivre. S’il est sale moralement, ce boulot a de quoi intéresser plus d’un politicien raté. Mais comme il n’y a jamais trop de parlementaires, il avait été décidé de créer onze nouvelles circonscriptions en 2012 pour que nos chers Français de l’étranger puissent se sentir pleinement représentés.

Cette démarche cosmétique qui permettait de s’enorgueillir de la vitalité de la démocratie française a accouché sans surprise d’une victoire écrasante du PS qui a remporté 8 circonscriptions et a laissé aux écologistes la circonscription regroupant tous les pays d’Amérique latine. Avec deux circonscriptions, l’UMP s’en était pas trop mal sortie et tout le monde était content. Les députés fraîchement élus ont pu découvrir le monde et faire semblant de s’intéresser à la vie des Français vivant à l’étranger tout en étant payés grassement. Le bon plan ! Cinq années plus tard, le PS est un fantôme et les Républicains trop inaudibles pour espérer quoi que ce soit dans ces circonscriptions.

Ce qui devait arriver arriva le dimanche 4 juin avec la victoire des candidats d’En Marche dans dix des onze circonscriptions en jeu. La 9e circonscription a vu arriver en tête la candidate du Modem (non officiellement investie par En Marche). La presse relaye avec plaisir ces résultats et disent de manière plus ou moins explicite qu’il faut suivre cet exemple et donner une large majorité au président Macron. Mais pourquoi donc publier les résultats à l’avance si ce n’est amorcer la fusée parlementaire macronienne ? La manœuvre est grotesque, mais plus c’est gros plus ça passe !

Un électorat hors-sol

Le pari des Français de l’étranger était d’ailleurs gagné d’avance. La sociologie de ces électeurs est très particulière. Ils votent à gauche, celle du « vivre-ensemble » et de la moralisation car ils se considèrent comme des gens bien et ouverts sur le monde. La preuve, ils vivent à l’étranger ! Mais vivre hors de France c’est aussi et surtout éviter les problèmes démentiels auxquels sont confrontés leurs concitoyens : insécurité économique, physique et culturelle. De loin, les Français de l’étranger donnent des leçons et votent à fond pour le PS et sa nouvelle mouture macronienne. Ainsi, dans deux semaines, En Marche va réaliser le grand chelem dans ces onze circonscriptions.

Mais l’enjeu n’est pas là. La feuille de route a été tracée grâce à ces résultats anticipés et peu importe que le taux de participation soit inférieur à 20 %. Comme au soir du premier tour de la présidentielle, il faut affirmer coûte que coûte que le raz-de-marée d’En marche est là et s’y opposer reviendrait à se sortir directement de l’Histoire. Et comme à chaque fois cela va fonctionner car aucun organe de presse important n’ose même évoquer ce coup de force politico-médiatique.