Rédigé par notre équipe le 12 décembre 2016.

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Réunis samedi dernier à Paris pour écouter leur idole, les milliers de supporters d’Emmanuel Macron étaient aux anges. A en croire les organisateurs, ils étaient plus de 10 000 à se bercer des paroles de leur champion, reléguant déjà la Belle Alliance Populaire du PS dans les oubliettes des meetings politiques ratés. Macron a réussi la première partie de son pari, mais celui qui se définit désormais comme le « candidat du travail » après avoir été le conseiller et le ministre du chômage doit encore tenir près de six mois pour ne pas tomber d’inanition dans le fossé de la politique française.

D’une voix éraillée, les bras tendus vers le ciel, Emmanuel Macron conclut son discours d’un convenu « Vive la République, Vive la France ». Il lève brièvement les yeux au ciel comme à la recherche du Tout-puissant. Cette image peut faire sourire ou inquiéter selon les sensibilités, mais elle ne peut laisser indifférent. L’homme en marche semble habité par une mission qui lui fera franchir tous les obstacles devant lui, aidé de la toute-puissance de l’argent et de la détestation des Français pour une gauche qui s’apprête à livrer une ultime bataille avant de déguerpir du pouvoir.

Macron a déjà réussi la partie la plus difficile de son audacieux pari. Celui de sortir du Gouvernement, de se présenter à la présidentielle et de toujours attirer les lumières des projecteurs. Cerise sur le gâteau, il a contribué à décourager Hollande de se représenter, lequel gardait foi en lui-même malgré quatre années et demi de délire narcissique. Macron joue les arbitres de la présidentielle et rêve de devenir un faiseur de roi. Vers qui fera-t-il pencher les millions d’électeurs qu’il espère convaincre au premier tour de l’élection ? Tout dépendra de son intérêt bien compris et des dividendes à tirer une fois l’onction appliquée par ce nouveau Judas.

Peu importe qui gagnera en mai prochain. S’il a encore un pied sur terre, il sait que son heure n’est pas encore la sienne et qu’un second tour à la présidentielle est inaccessible. Emmanuel Macron vise uniquement à survivre à ce baptême du feu en pensant aux cinq prochaines années. En dehors des partis, jouet de médias prompts à miser sur un cheval à la robe plus éclatante, Macron sait qu’il doit se créer une place – un bunker au pire – afin de ne pas faire de sa carrière politique un météore aussi étincelant qu’inutile. Si son coup réussi, il deviendra l’une des figures de l’opposition, s’il échoue il sera le nouveau Bayrou qu’on ressort de temps à autre des placards pour pimenter autant que faire se peut le débat. Autrement dit, il se muera au fil du temps en un futur dinosaure de la politique dont nul ne peut se rappeler du moindre bilan après quarante ans de vie politique.

De l’expert ès chômage à « candidat du travail »

Si par une combinaison dont la politique à le secret, la carrière d’Emmanuel Macron en politique venait à se terminer demain, il ne serait cité que dans les notes de bas de page comme ancien conseiller économique du pire président de la Ve République et comme ministre de l’Economie d’une économie française en panne de croissance et de solutions. La mention est peu flatteuse et il s’agit aujourd’hui d’écrire au moins un chapitre qui fera de l’ombre à un début raté de carrière. Raté sur le plan des idées et des résultats car quatre années dans le sérail pour aboutir à quelques centaines d’emplois créés dans le domaine des autocars (nous ne parlerons pas de son bilan global sur la question du chômage de peur de le décourager), c’est bien faible.

Autant responsable du bilan de Hollande sur le plan économique que l’est Valls sur l’ensemble du mandat, Macron est entré dans une phase de distanciation avec les futurs losers de la présidentielle. Une mise à distance jamais très sévère car il a le même code barre et il ne faut jamais cracher sur des électeurs de gauche susceptibles de marcher un bout de chemin avec lui. N’ayant bi de colonne vertébrale ni de valeur à défendre sauf celle de l’argent roi, des costumes bien taillés et des poses selfie avec ses sympathisants, Macron s’est borné à déployer quelques idées générales sur l’économie. Culture, famille, société, la place de la France dans le monde, etc… tout ou presque est passé sous silence. Son crédo c’est l’économie ! Quatre mesures sorties du chapeau sur la hausse de la CSG ou le reformatage du CICE permettront d’augmenter les salaires nets des Français… Elle est pas belle la vie ?!

L’entourage du « candidat du travail » fait savoir que les « autres thèmes » seront présentés plus tard. La chose est à attendre lorsqu’un de ses conseillers à peine sortie de l’école aura eu le temps de lui préparer une fiche pompée sur les deux derniers essais les plus en vogue, saupoudrée d’un peu d’Attali. Macron est une bulle. Aussi jolie et colorée soit-elle, le destin d’une bulle est d’exploser. A bon entendeur…