15/04/2015 | 18h23

Le 9 avril, le Point.fr croit publier un scoop : Jean-Marie Le Pen serait candidat à la présidentielle de 2017. Un site de campagne fraîchement créé en témoigne. Mais c’était un fake.

Le 9 avril dernier, en pleine tourmente au FN après les déclarations de Jean-Marie Le Pen sur BFM-TV et dans Rivarol, la rédaction du Point.fr pensait détenir un scoop. La candidature de Jean-Marie Le Pen pour la présidentielle de 2017 via le lancement d’un site de campagne où il se proclame candidat.

Un journaliste du Point.fr, Hugo Domenach, commence à plancher sur le sujet. Il envoie des demandes d’informations par mail, et entame en attendant un brouillon d’article dans l’outil d’édition du site. Mais avant qu’il ait pu vérifier l’authenticité de l’information, son rédacteur en chef, Jérôme Béglé, s’empare du brouillon, le rallonge et le publie dans la foulée. Son titre ne laisse plus de place au doute : “Jean-Marie Le Pen se proclame candidat à la présidentielle de 2017 !”.

Plantage douloureux

Seulement voilà, le site prétendument officiel du président d’honneur du Front national est un fake, créé de toute pièce par le site belge parodique Nord Presse (qui reconnaît ici les faits). Habité à ce genre d’ “infaux”, Nordpress est l’équivalent du Gorafi.

Très vite, l’article du Point est raillé sur les réseaux sociaux. Le plantage est douloureux. D’autant plus qu’une alerte a été envoyée pour mieux diffuser ledit papier. Des tweets relaient le canular qui fonctionne à merveille. Sur son blog, le patriarche frontiste dément l’information dans un communiqué, et sermonne les responsables de sa diffusion :

“Il s’agit évidemment d’un canular dont le but est de semer la zizanie au Front National. Il est affligeant de constater qu’un organe de presse en ligne prétendument sérieux comme lepoint.fr le reprenne pour argent comptant. Cela en dit long sur le sérieux de certains journalistes qui devraient tout d’abord vérifier la véracité de leurs allégations, b.a.-ba de leur métier.”

Rétropédalage hâtif

Rétropédalage du Point. L’article est supprimé, et transformé en toute hâte avec un titre différent : “Un site parodique annonce la candidature de Jean-Marie Le Pen”. Ces modifications ne passent inaperçues et Le Point est contraint de s’excuser. Dans un communiqué laconique, l’hebdomadaire s’excuse d’avoir agi dans la précipitation, au détriment de l’information :

“Le Point s’est laissé abuser quelques minutes – de trop – par ce site parodique. L’article, trop vite écrit, trop vite édité et trop vite publié, en contravention avec nos procédures de vérification habituelles, a en outre été attribué à tort à Hugo Domenach.”

Le site Fdesouche, navire amiral de la fachosphère, est néanmoins persuadé qu’Hugo Domenach est responsable de cet article. Pierre Sautarel, le fondateur du site, en veut pour preuve la capture d’écran d’un mail qu’Hugo Domenach a envoyé au faux site pour obtenir des informations. Mais l’intéressé dément sur Twitter.

 

 

 

La chasse à l’auteur

Un communiqué de la Société des rédacteurs du Point, que s’est procuré Arrêt sur image, confirme : “Ce journaliste avait bien laissé en attente 589 signes, pendant qu’il poursuivait son enquête. Il avait pris le soin d’en alerter par SMS le responsable du site. Sans vérifier lui-même l’information, ce dernier a rédigé à partir de ces 589 signes un article de plus de 2300 signes en y laissant la signature du journaliste. Puis, il a envoyé une alerte pour mieux diffuser ledit papier”. Le Canard enchaîné de ce 15 avril reprend cette version des faits.

Hugo Domenach continue pourtant de faire l’objet des accusations de la fachosphère. L’OJIM (Observatoire des journalistes et de l’information médiatique), créé par Claude Chollet (ancien président du GRECE en 1984 ndlr), consacre un article à l’affaire, où il est affirmé qu’“Hugo Domenach n’aura visiblement pas su attendre”. Si Fdesouche a tant de doutes sur la probité de ce journaliste, c’est qu’un vieux contentieux les oppose. Fin mars, Le Point avait considéré comme un “dérapage” le fait qu’un candidat FN retweete un article de Fdesouche, en en modifiant le contenu exact. Selon le fondateur de Fdesouche, Hugo Domenach aurait menacé de porter plainte contre lui dans un message privé où il affirme : “La plume pour la vérité, la robe pour la justice”.

 

La critique des médias à l’extrême droite confortée

Tout cela conforte l’extrême droite dans sa critique des “merdias” censés agir de manière partisane dès lors qu’il s’agit du Front national. Il y a peu un communiqué du parti de Marine Le Pen profitait de la candidature pour l’UMP aux régionales du politologue Dominique Reynié pour critiquer tous les médias qui lui ont donné la parole comme s’il était neutre. Il y a fort à parier que Le Point sera nominé à la prochaine cérémonie des Bobards d’or, organisés par la fondation identitaire Polémia et présidée par Jean-Yves Le Galou. Ce grand raout de l’extrême droite vise chaque année à récompenser les journalistes responsables des pires mensonges proférés “au nom du politiquement correct”.

Contactés, ni Hugo Domenach, ni Jérôme Béglé n’ont pour l’instant répondu.