Le Point - Publié le 03/12/2014 à 15:53

Le président syrien a accordé une interview à "Paris Match" dans laquelle il accuse le gouvernement socialiste d'oeuvrer contre les intérêts des Français.

Bachar el-Assad, dans son palais présidentiel de Damas, en janvier 2014. Bachar el-Assad, dans son palais présidentiel de Damas, en janvier 2014. © JOSEPH EID 

Le macabre décompte des victimes de la guerre en Syrie a beau avoir dépassé mardi le chiffre des 200 000, Bachar el-Assad ne change pas d'un iota et poursuit inlassablement ses provocations contre l'Occident. Conforté dans son palais de Damas par les frappes américaines contre les djihadistes de l'État islamique et du Front al-Nosra, le président syrien en profite pour lancer quelques flèches contre ceux qui ont juré sa perte. Dans une interview exclusive à l'hebdomadaire français Paris Match, le maître de Damas, confortablement réélu en juin dans un pays en ruine, affirme ne pas être "l'ennemi personnel ni le rival de Hollande", avant de décocher sa flèche : "Je pense que c'est plutôt Daesh (acronyme arabe de l'organisation État islamique, NDLR) qui est son rival, puisque leurs cotes de popularité sont très proches."

Surfant allègrement sur les déboires intérieurs du président de la République, Bachar el-Assad accuse le gouvernement socialiste d'oeuvrer "à l'encontre des intérêts de notre peuple (syrien) et de ceux du peuple français". C'est oublier que le précédent locataire de l'Élysée, Nicolas Sarkozy, après l'avoir reçu à l'Élysée, s'est vivement opposé au président syrien à la fin de son mandat . Et pour ce qui est des intérêts du "peuple syrien", Bachar el-Assad est désormais libre de bombarder quotidiennement ses propres civils situés dans des zones rebelles, à l'aide de barils de TNT projetés depuis le ciel.

Ingratitude

Mais, en dépit de l'aide cruciale apportée par l'aviation américaine, Bachar el-Assad se montre même particulièrement ingrat à l'égard des États-Unis. "Ce n'est (...) pas vrai que les frappes de la coalition nous aident", affirme-t-il à Paris Match. Elles nous auraient certainement aidés si elles étaient sérieuses et efficaces". Pourtant, l'aviation syrienne bombarde également les positions djihadistes dans leur fief de Raqqa depuis cet été, sans épargner les populations civiles.

Pleinement conscient que l'argument de la "lutte contre le terrorisme", agité à l'envi depuis le début de la révolution en 2011, fait désormais mouche auprès des chancelleries occidentales, le président syrien va jusqu'à proposer indirectement ses services à la coalition internationale anti-EI. "Des forces terrestres qui connaissent la géographie et agissent en même temps sont indispensables. (...) C'est nous qui menons les combats terrestres contre Daesh et nous n'avons constaté aucun changement."

Une nouvelle fois, l'ancien ophtalmologue est rattrapé par ses contradictions. Il oublie que, pendant un an, son armée a épargné les positions de l'État islamique dans l'est de la Syrie, préférant abattre la rébellion modérée, désormais en voie de disparition. Au-delà du florilège de piques lancées au cours de l'interview de Paris Match, le chef de l'État apporte toutefois un éclairage nouveau. À l'envoyé spécial à Damas Régis Le Sommier qui lui demande s'il n'a pas peur de finir comme Saddam Hussein ou Muammar Kadhafi, Bachar el-Assad répond : "Le capitaine ne pense pas à la mort ni à la vie, il pense à sauver son navire. S'il fait naufrage, tout le monde mourra." Il n'a jamais dit aussi vrai.