fraude-securite-socialeEn reconnaissant que des filières de patients « venus d’ailleurs » abusent de l’AME, Marisol Touraine a levé un tabou. Le Parisien – Aujourd’hui en France a enquêté…

Le 3 Juin 2014, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, ne s’attendait pas à mettre elle-même le feu aux poudres. Alors qu’elle répond devant les sénateurs à une question budgétaire sur l’Aide médicale de l’État (AME), elle entérine deux faits d’importance. Tout d’abord, oui, le budget alloué à cette prestation qui permet aux étrangers en situation irrégulière de se faire soigner en France (en étant pris en charge) s’est bel et bien envolé, passant de 588 à 744 M€ en l’espace d’un an. Mais la ministre, surtout, officialise pour la première fois le fait que certaines filières de patients « venus d’ailleurs » seraient – en partie du moins – responsables de ce « fort accroissement » de bénéficiaires.

Le Parisien – Aujourd’hui en France a enquêté sur ces filières, et en a effectivement trouvé plusieurs, bien que le sujet reste hautement tabou : sollicitée dix jours durant, la préfecture de police de Paris a finalement décidé de ne pas donner suite. Quant aux Hôpitaux de Paris (AP-HP), en première ligne dans ce dossier miné, leur réponse par mail est un magnifique exemple de langue de bois.

Géorgiens atteints de tuberculose multirésistante, site Internet chinois proposant des cartes AME payantes, médecins escrocs inventant des actes fictifs, les dérapages existent, d’autant plus difficiles à sanctionner qu’ils concernent une population difficile à appréhender, dans tous les sens du terme. Tout en précisant, devant les sénateurs, que ce dispositif « de santé publique » qu’est l’AME permet « non seulement d’apporter des soins aux personnes concernées, mais également d’éviter la propagation de certaines maladies sur le territoire national », Marisol Touraine a néanmoins rappelé sa volonté de lutter contre les abus.

Au-delà de ces cas avérés de détournement de la loi, la ministre a enfin levé – sans le vouloir ? – un autre tabou, en reconnaissant que l’envolée du budget de l’AME était liée au bond du nombre de bénéficiaires. En clair ? On assiste à une recrudescence de l’immigration. De fait, ce ne sont pas les quelque 57 Géorgiens de la plus grosse filière démantelée à ce jour qui expliquent, à eux seuls, le phénomène. « La vérité, c’est que nous accueillons de plus en plus de migrants venant d’Europe de l’Est, femmes seules avec enfants en tête », conclut le directeur d’un hôpital francilien.

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