Tribune de Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman sur le site de Bernard-Henri Lévy, La Régle du Jeu.

Il n’y avait pratiquement pas d’extrême droite en Ukraine avant l’agression russe, ni problème avec aucune communauté religieuse ou ethnique. Il va désormais y en avoir, comme au sein de l’Union européenne où des activistes s’efforcent d’en créer.

Jusqu’ici l’Union européenne n’avait pas d’ennemi.
C’était sa singularité et sa fierté.

A l’intérieur, peu à peu, les opinions ont accepté le pari fou des Pères fondateurs de l’Europe, qui a instauré la paix, reconstruit un continent ravagé et retrouvé une vraie prospérité. A l’extérieur, son Soft Power apprécié n’a pas cessé de renforcer son attirance. […]

A l’intérieur, les extrêmes surfent sur les difficultés économiques qu’entraîne un mouvement de mondialisation sans précédent pour tenter de rendre l’Union responsable d’échecs d’abord dus à de piteuses politiques nationales. […]

Poutine et la diplomatie russe ont pris tardivement conscience qu’ils étaient voisins de la première puissance économique et commerciale du monde, d’un espace de libertés et de justice, d’un véritable Etat de droit conforme aux souhaits profonds des peuples, où les solidarités sont organisées comme nulle part ailleurs dans le monde. Ils ont pris peur quand ils ont compris que, malgré leurs divergences, les Européens étaient capables, ensemble, de tendre la main à ceux qui les regardent avec envie et qu’il devenait de moins en moins facile de les diviser pour les manipuler. […]

Il n’est ainsi pas étonnant qu’ils fassent tout pour démembrer l’Ukraine et au passage discréditer l’Europe; et que leurs alliés, à l’intérieur de l’Union, se recrutent parmi les extrémistes de droite et de gauche, mais aussi parfois aux franges de certains grands partis de gouvernement. […]

Entre eux existe une commune haine de l’Union européenne, un nationalisme des plus dangereux, une communauté de pensée qui flirte souvent avec le racisme et la xénophobie et toujours avec le protectionnisme, les peurs, les égoïsmes et le repli frileux.

Cette « cinquième colonne » disposera peut-être d’un groupe au Parlement européen et la Russie de Poutine gagnera alors une voix officielle dans l’hémicycle de Strasbourg. […]

La Règle du Jeu